"LE DEFI ENERGETIQUE SE GAGNERA AU NIVEAU DES REGIONS "

Par Yves Piétrasanta, Vice-président de la Région Languedoc-Roussillon, ancien député Vert au Parlement Européen.

 
 
 

 

Le problème de l’énergie est lié à celui de la consommation, de la productivité. Aujourd’hui à la source de notre économie, il est éminemment politique. Notre liberté d’action est liée plus que jamais à notre ressource énergétique donc à notre indépendance dans ce domaine. En plus, il est à la base de notre maîtrise de l’environnement, de notre qualité de vie, de notre santé et de la survie de notre écosystème.

On traite toujours la question sous l’angle des ressources fossiles : le pétrole en voie d’épuisement et dont le prix ne fera qu’augmenter, le charbon dont la gestion pose problème, le gaz et le nucléaire que l’on ne sait pas gérer de façon durable... En EUROPE, on parle de mettre en place une OTAN de l’énergie ce qui pose le problème d’y associer les U.S.A. qui, pour l’instant, sont sourds sur le respect des accords de Kyoto et aussi par rapport à la Russie qui détient une grande partie du gaz… Le sommet européen de mars a tenu la question de l’Energie sous le boisseau. Chaque nation envisage une politique personnalisée. En France, le plus clair du plan énergétique national consiste à développer la technologie nucléaire (nouvelle filière EPR, ITER) et à favoriser son développement dans les pays économiquement en émergence : CHINE, INDE… En général l’appel aux énergies renouvelables n’est fait que pour servir de caution.

Or si l’on veut respecter les critères contre la lutte des gaz à effet de serre (GES), la solution incontournable est de nous orienter franchement vers elles. Elles ne sont ni épuisables, ni polluantes et pourtant toujours marginalisées (seules la Suède, la Finlande et l’Autriche dépassent le seuil de 21 %, la France affiche 7 %). Il est aujourd’hui indispensable de réaliser un effort sans précédent de recherche pour les développer. Qu’il s’agisse du soleil, du vent, de l’eau, de la biomasse, de la géothermie, ces sources sont partout à notre disposition. Il n’y a pas d’autre issue à la crise, que de les adopter et ceci malgré les systèmes économiques soutenus par de puissants lobbies multi nationaux. Nous ne franchirons pas de sitôt la barrière d’accès aux énergies renouvelables si nous attendons les décisions au niveau mondial, européen ou même national. Seul le niveau régional permettra le développement des Energies Renouvelables parfaitement adaptées au terrain, garant de notre environnement et capable de dynamiser les entreprises et l’emploi, car il faut que l’énergie soit à la portée de tous et pas seulement l’apanage de ceux qui peuvent l’acheter ou la transporter. Ainsi les trois piliers du Développement Durable peuvent être respectés (Développement Ecologique Economique et Social).

En Languedoc-Roussillon, nous avons décidé de nous lancer résolument dans cette action.

15 millions d’euros sont consacrés en 2006 au titre d’un Fonds Régional d’Investissement pour le Développement des Energies Renouvelables qui sera renouvelé chaque année. En ce qui concerne les transports responsables à plus de 37 % des GES, nous intervenons au niveau des transports doux et des véhicules propres, des TER, du ferroutage avec la réalisation de plateformes multimodales et des ports (action sur les autoroutes de la mer).

LA Recherche doit connaître enfin un développement dépassant chez nous celle du nucléaire par le soutien au pôle de compétitivité DERBI (Développement des Energies Renouvelables dans le Bâtiment et l’Industrie) notamment par la relance de la centrale solaire THEMIS à Odeillo restructurée dans un principe hybride (solaire thermique et photovoltaïque). Dans le secteur solaire, nous avons choisi d’agir pour le logement social par l’équipement en eau chaude solaire et systèmes combinés de 25 000 logements sociaux en 5 ans soit 37 500 m2 de capteurs solaires installés et 10 000 tonnes de CO2 évités, et l’on sait que le prix d’une telle tonne se négocie autour de 30 _. Ce projet vient en soutien à la filière thermique (fabricants, distributeurs, installateurs). Il vise à diminuer les coûts de fabrication et les charges pour le locataire. En outre, nous mettons en place 50 installations photo voltaïques raccordées au réseau, soit une puissance de 150 Kilowatts crète. Ici nous favorisons les installations intégrées au bâti et les projets innovants. Les subventions apportées par la région atteignent 70 %. La condition que nous mettons à ces aides consiste à les soumettre à l’étude concomitante des économies d’énergies dans l’installation au niveau global et ceci n’est pas de la moindre importance car l’énergie la moins chère est celle que l’on n’utilise pas (les Négawatts, l’économie dans ce domaine peut atteindre 30 % !).

La filière bois-énergie intervient au niveau des massifs dont nous sommes largement pourvus (34 % de la superficie régionale) dans les Pyrénées-Orientales, Audoises, la Montagne Noire, le Haut Languedoc, les Cévennes et la Lozère. Il s’agit de favoriser les filières courtes et l’approvisionnement en combustible bois.

En ce qui concerne l’éolien, nous accompagnons les Communes dans leur démarche en les aidant à se munir d’outils d’aide à la décision. Le petit éolien connaît quant à lui une demande croissante des particuliers.

Cette action qui s’inscrit de manière transversale (Lycées, Parcs naturels régionaux, aménagement du territoire…) dans l’Agenda 21 régional. Elle s’accompagne d’outils pour la planification, d’outils financiers ou encore d’évaluation avec la création d’un Observatoire Régional de l’Energie et des GES.

Toutes ces actions doivent s’accompagner d’une nécessaire mobilisation de chaque citoyen qu’il faut largement informer et faire participer. C’est ce travail de fourmi fait par chacun d’entre nous qui sauvera notre Planète. Je suis totalement convaincu que le défi énergétique sera gagné par l’utilisation des énergies renouvelables au niveau des régions.

Yves Piétrasanta, Vice-président de la Région Languedoc-Roussillon, ancien député Vert au Parlement Européen.